Au dessus des nuages: Anterne par Moëde et Villy

mont blanc

Ya pas que tirer sur les réglettes dans la vie. Marcher peinard avec les copains et casser la graine les fesses dans l’herbe c’est génial aussi. La montagne est magnifique en ce moment, mais quelle chaleur pour une fin octobre, même la bise n’est pas froide. A 2500 mètres la terre est à peine gelée dans les orientations plein nord. Inquiétant pour l’hiver à venir, mais bon pour le moment le niveau de pollution est faible, c’est déjà ça.
En partant de Plaine Joux, nous avons réalisé une jolie boucle en passant par le Col d’Anterne, les Tête de Moëde et Villy, puis en redescendant sur le lac d’Anterne où des fous se sont baignés, puis en rentrant par le col. Gypaètes, bouquetins et lagopèdes déjà bien blancs sont en place.

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Topo alpi facile et sauvage: traversée des Avoudrues

traversee avoudrues

Les Avoudrues sont probablement plus gravis en ski de rando qu’à pied, en s’arrêtant au sommet 2625. Pourtant la traversée du sommet principal jusqu’à la Pointe de Bellegarde est une superbe course d’alpinisme facile et panoramique.
A chaque fois le lac des Chambres est différent. Il peut être en eau, gelé, avec des icebergs flottant ou posés au fond car toute l’eau c’est infiltrée dans le sol calcaire. On ne le découvre qu’au dernier moment, à la sortie des Eaux Froides. Après le lac on rejoint et on remonte le glacier du Folly, réduit à peau de chagrin, mais qui cette année heureusement ne semble pas avoir trop souffert, même si ce n’est qu’un répit. Un glacier dans les Alpes à si basse altitude c’est exotique non? Puis il est temps de déambuler sur cette crête panoramique avec le Massif du Mont Blanc au loin, le Cirque du fer à Cheval et les grandes étendues sauvages de la Vogealle et de Folly à portée de main, surplombant l’alpage de Salvadon.
Amateurs de solitude, de wilderness, ne ratez pas cette course oubliée même par les hauts savoyards (je ne parle même pas des « chamoniards ») et arrêtez vous au refuge du Folly. L’accueil de Charlotte et Tendi vous comblera (l’estomac entre autre), et vous donnera lui aussi probablement envie de revenir pour d’autres courses sauvages dans le Haut Giffre. Ya de quoi faire et le début d’automne est idéal…

Dénivelé:
Dans les 1600 mètres suivant le parking de départ.
Horaire:
1h30 pour monter au refuge, 3h pour le sommet des Avoudrues, 1h pour traverser à la Pointe de Bellegarde. Pour la descente minimum 3h (jusqu’à la voiture) suivant l’itinéraire choisi.
Difficulté:
PD mixte, 5a max mais court et spité qui passe en tire-clous. Rien de bien dur mais il faut le pied un peu alpin et s’assurer en mouvement sur une arête. Attention à l’horaire pour les conditions de neige (corniches) en début de saison.

Matériel:
Bonnes chaussures de rando, piolet, crampons (à sangles suffisants), baudrier, 3 sangles, corde 30 mètres, 3 dégaines, descendeur et quelques mousquetons à vis, casque.
Refuge (optionnel mais fortement conseillé):
Refuge du Folly, www.refuge-du-folly.fr.

Itinéraire de montée:
Du lac des Chambres remonter le « glacier » du Folly puis joindre la brèche évidente (voir photo ci-dessus) par de l’escalade facile. De cette brèche grimper un court mur spité vers l’ouest avec un relais à son sommet, puis atteindre facilement le sommet principal des Avoudrues. Revenir en arrière, descendre ce mur par un petit rappel. Continuer vers l’est sur l’arête, on tombe rapidement sur un ressaut raide de 10/15 mètres qui se descend en rappel ou par une corde fixe qui était en place lors de notre passage. La suite jusqu’à la Pointe de Bellegarde est beaucoup plus facile (on peut se décorder si on a l’habitude du terrain à chamois).

Voir également le topo de Camptocamp (www.camptocamp.org/routes/55235/fr/les-avoudrues-traversee-avoudrues-pointe-de-bellegarde)
Itinéraire de descente:
Depuis la Pointe de Bellegarde, soit revenir au refuge par le Grand Névé (le plus court), soit descendre sur Salvadon par la Boîte aux Lettres, soit (beaucoup plus long) traverser le col des Chambres, puis Pas à l’ours, Vogealle et Pas du Boret.

Voir les conditions de notre sortie sur Camptocamp:
www.camptocamp.org/outings/806530/fr/les-avoudrues-traversee-avoudrues-pointe-de-bellegarde

Pour terminer de vous convaincre voici un petit timelapse, pris du sommet vers le sud, avec les gnôles qui passent devant le sommet du Mont Blanc.

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Bivouac à Pormenaz, « Que la montagne est belle » …

chaine des fiz

Je ne travaillais pas vendredi aprem, j’en ai donc profité pour monter bivouaquer au lac de Pormenaz avant de redescendre dare-dare le lendemain matin afin d’emmener des clients à la via ferrata de Passy. C’était l’occasion de tester mes nouvelles chaussures d’alpinisme, de profiter de la montagne estivale en essayant de compter les étoiles filantes si nombreuses, et en admirant la partie sud des Fiz au couchant et au levant, de la Crête des Hippocampes à la Pointe d’Anterne.

Trois jours plus tard, apprenant la disparition de Nathalie et Guillaume, j’ai simplement envie de vous dire « que la montagne est belle »

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Tilicho et Thorung

Durant mon analyse un peu caustique du Tour des Annapurnas (voir cet article) dans son état actuel et de la façon dont il est vendu, je précisais que néanmoins nous avions beaucoup apprécié ces 9 jours de marche et de découverte entre Bulbuhle et Jomosom. En s’écartant à peine du circuit classique on peut encore vivre des moments authentiques en montagne, comme au lac Tilicho ou en franchissant le Thorung La.

tilicho nepal

Notre planning est un peu serré, on veut avoir du temps pour tenter le Thorung Peak sans rater le vol réservé à Jomosom, et surtout on a pris du plaisir les jours précédents à s’imposer de longues journées de marche. Quand on demande au propriétaire du lodge à Kangsar (3500m) si il est possible de faire un aller-retour au lac Tilicho (4900m) à la journée, il nous répond: « c’est peut être possible… il faut partir très tôt, à 5 heure du matin, mais je ne vous préparerai pas de petit déjeuner à cette heure là, vous le prendrez au lodge suivant, à une heure de marche d’ici. » Nous avons peu de vivres de course et peu de cash, mais les sacs à dos seront légers car on peut laisser le gros de nos affaires au lodge, alors on tente le coup. Vers 6h15, soit 1h30 après le départ, on arrive à ce lodge et surtout au petit déjeuner, qui sera frugal. Je suis en hypoglycémie et je titube pour gravir le dernier talus.
Ensuite on attaque une longue traversée, assez souvent descendante. Cela me fait du soucis pour le retour mais les passages magnifiques dans des versants érodés, colorés, décorés de cheminées de fées et de formes lunaires dans un terrain morainique, me détournent de mon inquiétude. On fait une bonne pause au soleil chaud, à proximité d’un torrent qui dégèle près du « Tilicho Base Camp », c’est à dire les quelques gros lodges où dorment la plupart des trekkeurs pour se rendre à Tilicho tal (« tal » signifie lac en népalais), et on repart pour une longue ascension en traversée qui se finit en zigzags très raides. Nous sommes à 4900m, juste avant de passer la bosse pour atteindre enfin, nous le pensons, le lac, et c’est au tour de Mathilde de se prendre une grosse hypo qui lui coupe les pattes. Elle grignote et s’accroche mais il faudra encore 30 minutes de marche sur le magnifique plateau, dans la chaleur étouffante puis en subissant un vent glacial, pour se réfugier dans la rustique teahouse du lac où se regroupent une vingtaine de trekkeurs du monde entier, dans une convivialité exacerbée par la fatigue et la rudesse des lieux. Réchauffés nous pourrons brièvement profiter de la majesté du paysage qu’il nous aura fallu 7h30 pour atteindre. C’est l’un des plus beaux endroits de la planète que j’ai pu visiter, un lac, des faces glaciaires, des glaciers, des séracs mais aussi des horizons ouverts, magique!
L’expédition française de 1950 tomba par hasard sur ce « grand lac gelé », alors non répertorié sur les ébauches de carte, lors de ces harassantes reconnaissances pour gravir l’Annapurna I. Dans son livre « Annapurna Premier 8.000 » (Ed.Arthaud), Maurice Herzog décrit la scène de cette manière: « Ebahis, nous avons devant les yeux un décor éblouissant de neige et de glace. De multiples sommets étincellent dans un ciel très pur. Paysage hivernal auquel une luminosité extrême donne une ambiance féerique. » Je dois dire que cette description colle très bien à ce que j’ai vu et ressenti.
La descente (et ses trop nombreuses remontées) se passera finalement plutôt bien même si la dernière heure semble interminable. Nous atteignons le lodge et la nuit vient de tomber. Il est 17h45, soit 13h00 après notre départ pour 30 km de marche environ. Le dénivelé positif? 1400 mètres en absolu d’après la carte, mais dans les faits probablement 1800m. Au lodge tout va bien, certains s’affairent en cuisine pour la cuisson des momos confectionnés en grande quantité la veille au soir, alors que d’autres regardent la télé avec les enfants dans la dining room près du fourneau, laissant malgré tout la porte d’entrée grande ouverte. Ah là là ces népalais, des fois faut pas chercher à comprendre.

thorung chulu nepal

Après 2 journées de marche plus courtes dont nous avions bien besoin, nous quittons Thorung Phedi (4400m) tranquillement en cours de matinée. Plein de globules et les joues moins creuses nous arrivons rapidement et nous installons à High Camp qui d’après les cartes se trouve à 4900m. Si on en croit la montre, la carte et le temps de marche, l’altitude semble plus proche des 4700 mètres, ce qui ne nous arrange guère pour l’ascension prévue du lendemain. Si l’altitude est incertaine, la mauvaise réputation du lieux est vite confirmée. Le patron est un vrai con désagréable, une de ses employées dégueule en nettoyant une chambre et nous savons pertinemment qu’elle sera dans la cuisine une fois sa tâche ménagère terminée. Cela se confirme avec l’état d’une jeune hollandais qui se vide par tous ses orifices mais tente tout de même de partir en direction du col à notre arrivée (il fera rapidement demi-tour). J’avais été empoisonné par un oeuf à Phedi en 2000 et cela me rappelle de mauvais souvenirs. D’après le patron qui se moque de nos remarques sur l’hygiène, nous sommes de toute manière au dernier lodge avant le col malgré ce que mentionne la carte.
Et donc pas le choix, il faudra rester à dormir dans cette mauvaise ambiance de supermarché du trek. Il est tôt, nous partons donc en reconnaissance en direction du col pour repérer l’approche et les conditions sur le Thorung Peak (6140m). Après 45 minutes de marche, nous tombons, ô surprise, sur un autre lodge qui lui semble bien se situer à 4900m d’altitude! Quand je dis lodge, c’est plutôt un cabanon tenu par un Gurung de Manang, sans chauffage, mais avec des lits et de quoi manger et boire. C’est très rustique mais l’emplacement est incroyable et évidemment nous sommes les seuls touristes. Sans hésiter on redescend à High Camp pour récupérer nos affaires, nous faisant généreusement pourrir par le propriétaire du lodge.
Ce lodge est plutôt utilisé comme teahouse par les trekkeurs qui s’arrêtent pour se réchauffer lors de leur ascension du col. Enfin se réchauffer s’est vite dit, car pour notre petit déjeuner nous aurons droit à un -5° dans la cuisine le lendemain matin. Le tenancier des lieux est un sacré personnage (pour nous il restera « Jean-Michel Gurung » car nous avons été incapables de retenir son prénom… hypoxie ou gouffre culturel?). Taiseux mais très gentil et serviable, bon cuisinier malgré le minimalisme de la cuisine, père de 2 enfants, il passe 9 mois par an seul là haut, avec une petite radio captant par intermittence une station FM pour lui tenir compagnie. C’est un rude, un vrai, qui fait la vaisselle dans l’eau froide à 5 heure du matin, endure des nuits glaciales de 12h et passe ses journées à relire le même livre, le dos plaqué contre le mur sud de la baraque pour emmagasiner de la chaleur et se tanner la peau. Ses moments partagés là haut avec ce phénomène resteront marquants pour nous, même si les échanges sont réduits car son anglais est limité et notre népalais encore plus.
Après un thé bien chaud et épicé nous repartons donc en reconnaissance vers le Thorung Peak (et oui c’est une journée « up and down ») que nous pensons gravir le lendemain. Peu avant la col nous bifurquons à gauche pour nous approcher de la grande pente du dôme. Elle est grise en grande partie, c’est à dire en glace. Une vieille trace plutôt rectiligne la parcourt, des cordes fixes ont probablement été utilisées pour l’ascension d’un groupe, puis retirées. Il semble possible de l’éviter par le vallon de gauche si le passage dans les barres du haut se grimpe facilement. En redescendant chez Jean-Michel, le soleil a tourné et le dernier raide ressaut de l’arête finale, qui est un passage obligatoire, apparaît maintenant lui aussi en glace malheureusement. Nous sommes équipé pour une course de neige facile (chaussures X-Alp Salomon, crampons à sangle, un seul piolet, un brin de corde de 30 mètres, …) et notre confiance disparaît au fond des chaussettes, cela ne nous parait pas raisonnable de tenter l’ascension. Je dois dire qu’en observant l’état de la face sud du Pisang Peak quelques jours auparavant, je m’en doutais un peu…
Nous sommes un peu déçus mais la fin d’après midi au logde est merveilleuse de calme et de grandeur, se terminant par un coucher de soleil sur les Chulu et un crépuscule que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Après une nuit pas si froide mais interminable pour moi, nous sommes de bonne heure au col le lendemain matin. Le Thorung Peak nous nargue, le Dolpo nous attire vers l’ouest. Très rapidement, trop rapidement nous plongeons vers Muktinath et le 21ème siècle.

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Le Tour du Mont Blanc des Annapurnas

Le Tour des Annapurnas est un des musts du trekking népalais, himalayen et mondial qui connait un immense succès depuis les années 1980. De la jungle à la haute montagne, entre civilisations hindoue et bouddhiste, ce périple équipé de logdes nombreux et confortables représentait un parfait trek pour le touriste vivant l’aventure exotique de sa vie, comme pour le montagnard découvrant l’Himalaya avec ses montagnes puissantes peuplé d’habitants si divers et attachants. Une économie du trekking florissante (lodges, boutiques, restaurants, porteurs, guides, …) s’est développée sur le tracé même du « Round Annapurana », alors que les agences de trekking népalaises et occidentales misent beaucoup sur la vente de ce parcours, ce qui est largement justifié par sa beauté, sa longueur (de 16 à 18 jours pour le parcours complet classique), et sa difficulté modérée (le col le plus élevé est à 5400m mais la montée est progressive). Malgré toutes les difficultés politiques et les catastrophes naturelles subies, le Népal change fort heureusement, se modernise lentement (lire cet article) et l’on peut désormais parler au passé du Tour des Annapurnas tel que nous avons été des centaines de milliers de « couïlés » (blancs en népalais) à le suer et le savourer.

tour annapurna nepal

Le chemin ancestral qu’en tant que touristes nous avions le privilège d’emprunter, avec ses incessantes successions de montées et descentes casse-pattes, a été sur une grande partie du parcours remplacé ou doublé d’une piste 4×4. Les 2 seules sections du trek qui ne sont pas touchées sont celles entre Manang et l’altitude de 4800 mètres environ en descendant sur Muktinath (et oui, la route se rapproche de plus en plus du Thorung La sur son versant Mustang!) et la fin du trek depuis Tatopani et remontant vers Ghorepani pour ensuite redescendre sur Pokahara ou traverser vers le Sanctuaire des Annapurnas. Sur toutes les autres sections il faudra très souvent marcher sur une piste poussiéreuse quand l’ancien tracé a été détruit ou n’est plus entretenu. « Heureusement » pour nous la circulation était faible en ce mois de novembre, « grâce » à la pénurie d’essence provoquée par le blocus indien. Néanmoins on est vite mis dans le bain, c’est à dire dès Bulbhule, en passant à proximité d’un énorme complexe hydro-électrique en cours de construction par une entreprise chinoise, et en cédant la place aux bus bondés se rendant à Jagat où à quelques Jeeps. Un tracé alternatif a semble-t-il été mis en place dans la Khali Kandaki, nous en avons emprunté la première étape passant par Lupra, ce qui fut une très belle journée. Ayant ensuite pris l’avion à Jomosom, nous ne pouvons vous en dire plus pour la suite.
Kangsar, Ngawal, Ghyaru, tous ces villages authentiques sont encore épargnés mais cela est une question d’années ou même de mois car les travaux sont en cours et avancent. Le plus choquant est l’arrivée à Muktinath. La tête encore à 5400m avec les horizons du Dolpo plein les yeux, après être passé par les temples mythiques de cet endroit sacré pour des centaines de millions de personnes dans le monde, on se retrouve parmi des immeubles en béton de mauvais goût poussant comme des champignons, harcelé par des pénibles vendeuses de souvenirs qui ne te lâchent pas à chacun de tes passages. La route arrive ici depuis quelques années déjà et le bétonnage systématique est ici évidemment vite rentable étant donné l’immense clientèle potentielle se trouvant sur le sous-continent indien.

tour annapurna jomosom muktinath

Nous étions partiellement prévenus de ces évolutions du Tour des Annapurnas et cela ne nous a pas empêché de passer des supers vacances. De toute manière vu le peu de temps disponible pour ce voyage (17 jours au Népal au total), nous n’avions pas beaucoup d’options pour faire un trek varié, et encore on a écourté le parcours depuis Jomosom en prenant l’avion pour Pokhara comme je l’ai mentionné plus haut.
Alors pourquoi un titre d’article provocateur me direz-vous? Surtout de ma part alors que les trekkeurs réalisant le Tour du Mont Blanc passent à 10 mètres de chez moi, et que d’une manière même indirecte ils me font vivre. Ces touristes passant devant chez moi en marchant sur la route goudronnée avant de monter vers le col de Voza savent à l’avance qu’inévitablement ils vont traverser des zones habitées, urbanisées, que le parcours est morcelable avec l’utilisation de moyens motorisés et qu’en fond de vallée des routes sont construites. Par contre pour les touristes réservant en toute confiance leur package « Tour des Annapurnas » via une agence népalaises ou occidentales, les choses ne sont pas claires sur le type de chemin de trekking qu’ils vont rencontrer et leur grande majorité découvrent sur le tas la nouvelle donne. Selon moi c’est inadmissible de prendre ainsi les gens pour des idiots. Regardez par exemple cette fiche technique de l’agence française Terres d’Aventure. Est-il mentionné au client qu’il va marcher sur un chemin 4×4 durant plusieurs jours dans la vallée de la Marsyangdi? En cas de reproche au guide durant le trek ou à l’agence directement après le voyage, je suis certain que l’argument « c’est tout nouveau les choses changent vite » sera avancé. Foutage de gueule, la motorisation de la vallée de la Marsyangdi est en cours depuis bien des années déjà, et il est du devoir des professionnels du trekking d’être informés de l’état de ce qu’ils vendent quand il ne s’agit pas de paramètres de dernière minute imprévisibles.
Il n’est pas question de refuser aux Népalais le droit au progrès! Tout habitant de Manang par exemple a le droit de pouvoir prendre une voiture pour se rendre à l’hôpital en cas de problème de santé, où de faire venir ses enfants depuis leur école de Kathmandou pour quelques jours de congé, sans avoir à s’imposer 4 ou 5 jours de marche afin de rejoindre ou de remonter de la vallée. Mais prendre les touristes pour des imbéciles en leur vendant un trek en bois sous prétexte de traire la vache jusqu’à la dernière goutte en profitant de l’aura d’un trek prestigieux mais dégradé, c’est je pense de la malhonnêteté qui finalement dessert le Népal.

trekking nepal tour annapurna

Ces changements ne veulent pas dire que cela n’a plus d’intérêt de se rendre dans la région des Annapurnas. Il faut juste oublier l’ancienne version du tour du massif pour dorénavant se rendre en 4×4 à Manang ou Jomosom et profiter de toutes les excursion et ascensions intéressantes de un ou plusieurs jours aux alentours, pour ensuite éventuellement passer le Thorung La ou un autre col moins fréquenté. On passe du trekking de masse au tourisme de masse, et là bonjour les oedemes et accidents de montagne, ça va être le festival du n’importe quoi là haut durant les prochaines décennies. Cela permettra probablement aux villages élevés plus éloignés de croquer enfin dans le gâteau. Quand aux lodges plus bas en altitude ils ne verront plus passer aucuns trekkeurs à court terme, mais seulement des voitures sur leur pallier quand ils ont la chance d’être sur le bon versant de la vallée. A eux de s’adapter rapidement, on peut leur faire confiance pour se remettre en question plutôt que de se plaindre en regardant le monde changer. De toute manière ils peuvent eux toujours courir pour recevoir des aides…

muktinath trek nepal annapurna

Budget:
Prévoir 1200 NRs par jour et par personne sur le trek (hébergement et nourriture uniquement). En me basant sur mes souvenirs de 2007, je n’avais prévu que 1200 NRs pour 2 personnes par jour. Merci à Ram, propriétaire du lodge « Father and Son » à Tal, pour le prêt de 6000 NRs que nous avons reversé sur son compte à Kathmandou! Quelle gentillesse… Il nous aura fallu tout de même rationner la nourriture, ça affûte!

Nos étapes (temps globaux de marche, pauses comprises):
-Bulbhule-Tal 9h
-Tal-Koto 8h
-Koto-Upper Pisang 6h
-Upper Pisang-Kangsar 9h
-Kangsar-Lac Tilicho en 13h aller-retour (30km minimum), grosse mission
-Kangsar-Yak Karka 4h
-Yak Karka-Thorung Phedi 2h45
-Thorung Phedi-Yakawa Thorung Ri (petit lodge au dessus de High Camp) 2h
-Yakawa-Muktinath 6h
-Muktinath-Jomosom par Lupra 5h.

Les photos sont également visibles sur ma page Pinterest:
www.pinterest.com/grimpisme/trek-annapurna-nepal-novembre-2015/

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La situation au Népal en novembre 2015

nepal tremblement  terre

Je suis régulièrement allé au Népal entre 2000 et 2007, sur le début, le plein, et la fin de la guérilla maoïste, pouvant constater les difficultés d’un pays et de ses habitants dont la fameuse bonne humeur fut mise à mal. Ce court séjour en novembre 2015 m’aura permis de me rendre compte de la situation quelques mois après les terribles tremblement de terre du printemps (plus de 8000 morts), maintenant que les médias généralistes ont lâché l’affaire pour nous vendre de nouvelles sensations.

N’en déplaise à TF1 et ses confrères, Kathmandu n’est pas par terre, la vie a repris son cours « normal » avec des nouveaux problèmes dont nous parlerons plus bas. Les monuments historiques ont souffert et pour le moment seule la stupa de Boudha est un cours de reconstruction. C’est très triste de voir ces magnifiques temples partiellement ou même entièrement détruits. Comment faire pour reproduire à l’identique ces constructions si délicates?
En dehors des zones historiques, ce sont évidemment et malheureusement les quartiers populaires pauvres qui ont le plus souffert, où on peut encore voir des tas de briques pas déblayés et beaucoup de murs renforcés par des étais en bois. Le barbier, épuisé et agacé, nous raconte par exemple qu’il n’a plus de maisons et vit chez un ami depuis des mois déjà. Dans le Kathmandu moderne des boutiques de luxe et des banques internationales, aucunes traces du séisme, l’argent circule toujours et les classes aisées continuent à prospérer sans visiblement subir cette période tellement difficile pour le pays. Cela m’a d’ailleurs vraiment surpris de voir beaucoup de familles népalaises en vacances à Pokhara par exemple, où à Muktinath, la preuve que tout n’est pas si compliqué pour tout le monde car on ne voyait pas ça dix ans en arrière.

nepal agence trekking

Le quartier des touristes, Thamel, n’a pas non plus souffert du tremblement de terre, mais était étonnement vide de touristes, particulièrement à notre arrivée. Tek, un ami népalais qui dirige sa propre agence de trekking (www.portesaventure.com) nous confirme que c’est très dur pour l’économie du tourisme et du trek. La fréquentation touristique du pays s’est littéralement effondrée, pénalisant encore plus un pays si dépendant des hordes de touristes et trekkeurs consommant de l’hébergement, de la restauration, des prestations de guide, de porteur, des transports en bus et taxi, achetant des souvenirs etc etc.
Un malheur ne venant jamais seul, car on ne le sait pas en France maintenant que les projecteurs ont changé de cibles, le Népal subit de plein fouet un blocus économique de la part de l’Inde depuis le mois d’octobre (la nouvelle constitution népalaise affaiblit le poids politique de certaines ethnies étroitement liées à l’Etat indien, pour faire court). Coupures de courant, pénurie de carburant, de gaz, … la vie quotidienne des népalais est très compliquée et stressante.
Imaginez vous en ville, en train de cuisiner au feu de bois dans la rue pour ne pas enfumer votre appartement, ou encore devant payer le trajet de bus cinq fois plus cher qu’à la normale à cause d’un rabatteur peu scrupuleux pour retourner dans votre village d’origine pour les fêtes de Diwali. Du point de vue du touriste, ce blocus rend les déplacements hasardeux et presque chers, même pour un pouvoir d’achat occidental. Mais surtout les népalais sont agacés, tendus, la qualité de l’accueil sur Kathmandu a nettement baissée et on a malheureusement souvent l’impression d’être pris pour une vache à lait avec des tarifs généralement en forte hausse. Dans les zones touristiques une insistance parfois désagréable des locaux pour nous faire consommer se ressent clairement.

Le Népal traverse donc à nouveau une période difficile, du moins pour la majorité de ses habitants qui pourtant fait toujours preuve d’un immense gentillesse. Les dirigeants politiques tentent de se tourner vers la Chine pour contourner le blocus indien, mais la seule route permettant de joindre rapidement le Tibet a été fortement endommagée par le séisme et cela ne va pas être simple. Il faut espérer que malgré tout les touristes reprennent confiance et reviennent visiter ce pays si beau et accueillant où l’on est tenté de prendre une photo tous les dix pas. Je fais confiance au népalais qui sont intelligents, tolérants et courageux pour s’en sortir. Ils auraient bien des leçons nous français à nous donner, si leur humilité ne les en gardait pas!

Plus de photos de Kathmandu sur cet album Pinterest.

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1er novembre au Luisin

luisin emaney bouquetin

Pendant que certains dans le sud tuent des loups sous la bénédiction d’une ministre préparant 2022, nous sommes montés au Luisin par le col d’Emaney où les bouquetins sains attendant patiemment l’arrivée de l’hiver. Les mâles sont à proximité des étagnes mais le rut n’a pas commencé, seuls quelques petits indices discrets de nervosité sont visibles chez les plus gros boucs.
Le Luisin est un magnifique sommet panoramique sur le Valais et le massif du Mont Blanc. En partant de Finhaut, soit à 30 minutes de Chamonix, de nombreuses boucles plus ou moins très longues sont possibles pour passer par son sommet, entre Tour Sallière, Emosson, Dents du Midi et cie… Wilderness garanti, on n’est pas au Lac Blanc!

Compte-rendu sur Camptocamp:
www.camptocamp.org/outings/691164/fr/le-luisin-par-le-col-d-emaney-voie-normale

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Il faut continuer de se rendre au Népal

La fréquentation touristique au Népal s’est effondrée depuis les tremblements de terre d’avril et mai 2015, ce qui est une catastrophe pour l’économie népalaise dans les zones non-touchées par le séisme, et également dans les zones en reconstruction qui ont plus que jamais besoin d’accueillir les trekkeurs pour avoir des entrées d’argent. Par exemple, le Tour des Annapurnas n’aurait été parcouru que par 4000 touristes en septembre 2015, contre 15000 en septembre 2014.

Evidemment sur les régions fortement touchées du Manaslu, du Ganesh Himal, du Langtang et d’Helambu il convient de se renseigner à l’avance sur l’état des chemins et les possibilités d’hébergement (voir sur www.nepatrek.com) par exemple.

En espérant que ces magnifiques paysages du Mustang vous motiveront, pour nous le départ arrive rapidement, dans moins de 2 semaines! Un petit coup de pub pour l’agence de trekking de Tek, un copain népalais de longue date qui a sa propre agence: www.portesaventure.com.

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