Trek du Pin Parvati pass

Ce trek du Pin Parvati pass, j’en rêvait depuis tellement longtemps. Alors nous voilà partis, malgré les remords. Avant de vous raconter tout ça, et vu qu’on lit rarement les articles jusqu’au bout sur le web, je tiens à remercier l’équipe de népalais qui nous a accompagné dans cette aventure. Merci à Chatra, Nagendra, Kamal et Milan. Merci pour le portage de la nourriture, la cuisine, la connaissance des chemins et la bonne humeur dans toutes les circonstances. Merci également à l’agence Spiti Valley Tours pour l’organisation générale.

24/7/2019: Delhi-Manikaran en taxi

Je me trompe d’horaire pour réserver le taxi (je confonds toujours a.m et p.m …), de plus l’avion est en retard. Bref, nous sommes direct dans le bain avec un planning à l’indienne. On lâche un gros billet, après 15h de taxi sous une pluie torrentielle par moments et des dépassements hasardeux continus, nous voilà à 23h dans l’Himalaya, à Manikaran.

25/7: Repos à Manikaran

Une vallée étroite, une rivière rugissante, des centaines de pèlerins sikhs et hindous qui arrivent chaque jour, et pourtant on se sent bien. Manikaran est vraiment un endroit à visiter une fois dans sa vie. Plus que la ferveur religieuse, les choses qui m’ont le plus marqué sont la tranquillité des gens, le parking à étage, et ces immeubles surplombant la rivière où les pèlerins peuvent se loger rapidement. La vraie Inde.

26/6: Taxi pour Barsheini

On prend le taxi pour Barsheini, un petit village à 45 minutes de Manikaran. Nous devons y retrouver notre équipe le sur-lendemain pour débuter le trek. L’ambiance est beaucoup plus calme, même si c’est un lieu de commerce et ravitaillement important pour les villages des alentours. On se repose et on se régale de la nourriture indienne.

27/6: Pulga et son alpage

Il est temps de se dégourdir les jambes, surtout que le temps semble s’améliorer. Les montagnes en face sont trop belles! On descend sous le village pour traverser le pont traditionnel et remonter au village de Pulga. Il est calme, magnifique, avec des temples, des maisons traditionnelles, des jardins verdoyants. On croise quelques touristes occidentaux venus jouer les hippies. Puis nous continuons pour 600m de dénivelé dans une forêt déjà sauvage où nous apercevrons quelques singes qui se laissent difficilement prendre en photo. Nous sortons de la forêt pour atteindre un alpage. Femmes et enfants restent là pendant les deux mois de vacances estivales avec les bêtes. Ces gens sont souriants, accessibles. Un jeune guide de Shimla nous invite à prendre le thé sous un abri avec ses quelques clients indiens. L’orage craque et nous restons une bonne heure à discuter avec eux avant que le ciel ne se calme. On rentre cette fois de Pulga à Barsheini par la route en construction et un barrage qui lui semble presque terminé. Demain nous commencerons le trek depuis ce barrage.

28/6: Début du trek, Kheerganga (2800m, 5h)

L’équipe arrive bien fatiguée après un départ en taxi à 4h du matin de Manali. De plus, ils enchaînent les treks actuellement vu que c’est la saison. Tous sont népalais et viennent de Dailkeh, dans l’ouest de leur pays. Ils ne travaillent jamais au Népal où les salaires sont trop bas. Ils vivent environ 6 mois par an en Inde, louant une maison à Manali, même si leurs femmes et enfants restent au pays. Seul le plus jeune, Chatra, 17 ans et donc étudiant, venu travailler avec ses frères pour les vacances scolaires (Milan et Nagendra sont ses frères), vit toute l’année au Népal. On fera réellement connaissance petit à petit, jours après jours. Les sacs sont lourds (10 jours de nourriture à porter pour eux), il est assez tard, il fait chaud, bref il faut y aller!

A notre plus grande surprise, nous croisons et doublons énormément de touristes indiens sur cette première journée. Cette étape nous prendra 5h de marche très tranquille avec beaucoup de pauses (d’ailleurs toutes les étapes seront faciles pour nous, sauf les deux dernières). Pour tous ces touristes venant en majorité de grandes villes, classes moyennes obligent, ces 5 heures de sport dans la Nature sont une épreuve inoubliable! C’est le festival des chevilles tordues, des enceintes blue tooth à la main, des “à quatre pattes” sur un sentier large comme le bras, et j’en passe. Un peu comme dans la rue qui monte au Brévent finalement, mais en plus long, avec pourtant plus de sourires. Ce que nous n’oublieront pas c’est le village de Naktan, les vergers, les torrents et les cascades. Un peu comme dans “Le livre de la Jungle”. On peut donc en conclure que pour nous aussi c’est inoubliable.

Puis arrive la suprême récompense, les tentes de Kheerganga, comme un phare dans la nuit. Sauf que là ce n’est pas la lumière qui tourne toute la nuit, mais les groupes électrogènes et la musique transe. J’exagère, le festival a dû s’interrompre vers minuit peut être, ce qui est bien le bout de la nuit dans ce genre d’endroit. Nous voilà donc dans la version indienne du Glastonbury Festival, comme dirait Kirsten, où on “eat acid to see God” et où “music is not too loud, you’re just too old” (slogans écrits sur les tentes). Voilà donc pourquoi tous ces couineux ont accepté de suer leurs tripes dans la montagne hostile, pour bringuer avec leur potes! Il faut dire que les réseaux sociaux font de Kheerganga un lieu incontournable pour la jeunesse indienne à ce qu’on nous a dit.

Je garde malgré tout un très bon souvenir de cet endroit incongru. J’espère juste que la Folie Douce ne va pas flairer le filon si leur community manager me fait le suprême honneur de lire mon article… L’ambiance au bassin de la source d’eau chaude est très cool, on a pu faire du bloc à 5 minutes du camp, et le coucher de soleil sur les montagnes dominant Manikaran en révèle une beauté invisible quand on est à leurs pieds.

29/6: Thunda Bhunj (3200m, 4h30)

Après même pas 5 minutes de marche, nous sommes déjà dans l’Himalaya que nous étions venu chercher. Kheerganga n’est plus qu’un souvenir indécis. Le chemin est facile avec des petites montées et descentes, les arbres sont imposants, tout est vert. On traverse les premiers torrents et alpages, apercevant quelques bergers.
Au pied des cascades de plusieurs centaines de mètres de dénivelé, nous voyons déjà les premiers névés. Milan nous apprend qu’il a énormément neigé sur tout l’Himalaya durant l’hiver dernier.
Cela a même commencé en octobre.
Le premier camp au calme est posé, juste avant une petit averse, entre des blocs de granit. Le soleil revient et on peut faire une toilette. On y est!

30/6: Thakurkuan (3700m?, 3h30)

Aujourd’hui nous quittons pour de bon la forêt, embrassant les prairies et alpages. Le chemin reste sur la rive gauche de la vallée et nous devons varapper un moment sur des dalles, sous des cascades, voir même marcher sur la neige. Il faut quand même être attentif car les passages sont régulièrement exposés. La quantité de neige recouvrant la rivière Parvati est à certains endroits réellement impressionnante.
La vallée s’ouvre à nouveau et nous arrivons à Thakurkuan, un des plus beaux endroits que j’ai pu visiter. C’est un véritable paradis. De l’herbe grasse, des fleurs, des chiens qui n’aboient jamais, des moutons, des chèvres, des chevaux, des blocs, des torrents, des cascades sans fins… Tout est comme dans un rêve.
L’averse s’abat une nouvelle fois poliment, après que la tente soit dressée. Elle reviendra le soir en douceur.
Plusieurs bergers sont installés avec leurs troupeaux dans les environs. Ils viennent de la région de Kullu pour passer environ deux mois dans la vallée. Plus tard dans l’été, ils emmèneront les bêtes plus haut, vers le lac Mantalaï.

1/7: Odi Thatch / Taulatach (3800m?, 4h)

On continue de marcher dans des alpages de carte postale. Une magnifique vallée glaciaire arrive en rive gauche. Pour traverser le torrent qui en découle, puis la rivière Parvati, nous avons la chance d’utiliser les réputés “Pando bridges”. Ces deux “ponts” utilisent pour chacun d’eux un énorme bloc de granit sur lequel on monte facilement. On en redescend de l’autre côté, sur l’autre rive, en utilisant un échafaudage de pierres que les berges refont chaque année. Là encore la chute est interdite. Il faut bien poser ses pieds et ne pas faire basculer une pierre.
Puis on passe au pied de la face nord du “Kullu Eiger”, une sacrée muraille de granit.
Elle a déjà été grimpée, probablement en conditions moins sèches car les dalles semblent vraiment compactes.

Les bergers passent nous voir au campement, pour rompre la solitude. L’averse habituelle de l’après midi nous présente ses salutations. Je commence à me sentir loin de tout, je crois que c’est la première fois que je ressens ce type d’engagement, c’est grisant. Un chien avec la patte cassée squatte l’abside de la tente, pour se protéger de la pluie et du froid de la nuit. Il n’appartient pas aux bergers que nous rencontrons.

2/7: Mantalaï lake (4200m, 4h15)

La marche est très facile aujourd’hui, donc contemplative, dans cette large vallée glaciaire. La rivière est plus large, moins profonde et donc plus calme. L’acclimatation se poursuit en douceur. Nous parcourons pas mal de distance, traversant trois belles zones humides et les premiers névés (hormis ceux du fond de vallée sur la rivière).
Nos porteurs achètent pour 500 roupies (après une négociation animée) de viande de mouton séchée à un berger. Pour le repas du soir, nous avons trouvé la cartilage et les tendons, mais pas trop la viande!
Pour passer la moraine de laquelle née la rivière Parvati, il faut passer une petite pente pas méchante. On débouche sur le lac Mantalaï, créé par la moraine. On fait une pause sur sa rive, au niveau d’un temple en plein air dédié à Shiva. Ce lac est l’objectif de la majorité des trekkeurs/pèlerins indiens s’aventurant dans cette vallée. Mais parfois ils sont effrayés par la raide rive gauche qu’il faut emprunter l’avant-veille (nous en avons croisé au début du trek).
Une demi heure plus tard nous sommes au campement, toujours en rive droite. Ce sera une superbe après-midi au soleil, sans pluie, avec la première leçon de yoga pour Chatra.

3/7: High camp (4900m, 5h)

Voilà la première journée plus sérieuse. L’équipe est en retard, comme chaque matin. Nous partons un peu avant eux, comme chaque matin également, à 9h, au moment où le chien boiteux arrive au camp! Optimistes, Kirsten et moi montons trop rapidement sur la rive droite et nous sommes bloqués par un gros torrent. On doit redescendre sur le fond de la vallée où nous retrouvons l’équipe. Un pont de neige nous permet la traversée de ce furieux torrent.

Nous rejoignons rapidement un chemin bien raide en rive droite, qui est balisé par des flèches bleues. Nous sommes bien contents d’avoir pris les crampons à sangle pour traverser des bandes de neige raides, au dessus de barres rocheuses. Nous sommes tous en chaussures souples. Les népalais taillent des marches au piolet (heureusement la neige est molle vue l’heure). Nous utilisons un seul bâton chacun et leurs prêtons le deuxième. Sans neige cette section du chemin serait vraiment facile.
On sort dans la vallée suspendue menant au col tard, vers midi. On peut désormais voir le glacier de la Parvati, immense et parsemé de lagunes d’un bleu clair polynésien. La marche pourrait être facile mais il fait très chaud et la neige est molle. Les porteurs essayent de nous mettre la pression pour zapper le prochain camp et passer le col aujourd’hui. Leur argument est qu’il faut profiter du beau temps. Nous découvrirons deux jours plus tard que les réserves de kérosène sont déjà basses, ce qui peut justifier leur attitude. Peut être aussi que, voyant que nous sommes bons marcheurs, ils veulent forcer le col pour terminer le trek plus tôt. L’agence les paie pour un forfait de 11 jours, quoi qu’il arrive. Avec leur anglais approximatif et leur façon asiatique de communiquer, on n’est jamais sûr de rien dans ce genre de discussion. Mais je pense qu’ils redoutaient de poser le camp sur la neige, vu la qualité moyenne de leurs équipements de camping.
Quoi qu’il en soit, cela aurait été impossible de traverser aujourd’hui. La dernière heure pour atteindre l’emplacement est assez pénible. La neige ne porte vraiment pas suivant l’orientation de la pente et certains des gars sont bien cuits.

Nous sommes certes à 4900 mètres d’altitude, mais sur un versant sud en début juillet. Là encore c’est dingue toute cette neige. Les blocs qui dépassent à peine de la neige à côté de la tente font pourtant plusieurs mètres de haut. Les gars nous expliquent que d’habitude ils les utilisent pour s’abriter quand il pleut. Le soleil est très fort, j’ai pris des coups de soleil sur les mains. Nous devons garder les lunettes de soleil même sous la tente et il y fait très chaud. La vue sur le Pyramid Peak (?) est incroyable. Des petites coulées de surface sont parties un peu partout, conséquences des chutes de neige survenues lors du mauvais temps qui est passé durant les premiers jours de notre voyage. Milan m’explique que nous avons pris aujourd’hui un chemin plus direct qu’auparavant. Il est utilisé depuis quelques années seulement. Avant les marcheurs remontaient plus longtemps la vallée principale puis faisaient un grand détour sur le glacier pour rejoindre notre itinéraire du lendemain, sous le col.

4/7: Passage du col (5300m puis 4300m?, 7h)

La nuit n’est vraiment pas froide sous la tente, mais humide. Le temps est en train de changer, même si il fait encore beau quand nous partons à 6h00, après un réveil à 4h30 et un petit déjeuner plus simple et rapide que d’habitude (un simple porridge avec le thé). Durant le petit déjeuner, au lever du jour, une souris émerge des mètres de neige par un petit tunnel vertical et va se cacher sous les ustensiles de cuisine. Elle doit désespérer de l’été.

Le soleil illumine rapidement les sommets au sud, avant notre départ déjà. La marche pour atteindre le col est un vrai plaisir. Nous cassons rarement la croûte de neige et avançons rapidement. Après un premier vallon nous traversons à droite pour découvrir l’immensité de la partie supérieure du glacier de la Parvati. Nous marchons probablement sur des petits glaciers adjacents mais sans voir aucunes crevasses. Une petite pente raide, où Kirsten et moi mettons les crampons pour plus de confort, et 1h45 après notre départ, nous voilà déjà au col. Kamal est impressionnant par le rythme auquel il remonte cette dernière pente, malgré ses 45 ans, l’altitude, et surtout son ventre bien entretenu.
Les premiers flocons tombent. La barre de nuages noires et denses qui arrive depuis le sud-ouest ne nous a pas encore englouti. Il ne fait pas pas froid, le vent ne souffle quasiment pas, nous pouvons rester 30 minutes tous ensemble au col. Profiter de ce moment rêvé depuis si longtemps, qui devient un souvenir dès le premier pas de descente engagé.

La page se tourne, nous sommes désormais au Spiti dans le vallée de la Pin, descendant une large combe parfois raide mais toujours très large. Les premières centaines de mètres sont un calvaire, on enfonce constamment à mi-mollet. Ce n’est pas rare que cela soit jusqu’au genou. Puis la neige de printemps nous facilite la vie. Ce serait parfait sur une paire de cagettes en grandes courbes. Tout le monde rigole tellement c’est facile. Les gars font glisser leurs charges. Un pierrier, 9h30 et nous sommes déjà dans la vallée, au pied du col.
Il pleut vraiment désormais. On marche dans les caillasses. Impossible de traverser la rivière devant nous. Il faut la remonter jusqu’au front du glacier d’où elle sort. Par un pont de neige à son pied on peut traverser. Des caillasses encore, de la boue, des talus de terres, de la neige (beaucoup ici aussi), la #dechettery sort le grand jeu… Toujours sous la pluie nous arrivons à un premier camp qui est tellement sale que nous ne voulons pas y dormir Kirsten et moi, c’est dégoûtant. C’est une vraie déchèterie cette fois, pour une fois. Tout le monde est tendu, fatigué. Encore 1h30 de marche pour atteindre un nouvel emplacement de camp bien plus accueillant malgré une pluie fine persistante.
Une fois le camp installé, la magie opère. Les nuages se déchirent puis finissent par disparaitre complètement. Tout le monde revit. Une fois de plus nous profitons d’un bel après-midi de repos et de contemplation sous un soleil chaud mais agréable. Tout le monde revit, on se lave, on fait la sieste.

Le paysage a changé ici. Il est aride. Le fond de la vallée est en V, toutes les montagnes et éboulis nous entourant sont faits de roches calcaires aux couleurs variées que l’humidité met en valeur.
Trois jeunes bergers kinnauri très sympas viennent nous rendre visite. On regarde avec eux la carte de la région. Ils n’ont pas du tout l’habitude de lire une carte mais finissent par trouver leur village. Ils en sont venu en 6 jours avec leur troupeau mixé de moutons et de chèvres, par le Bhaba pass. Comme tous les troupeaux que nous avons vu depuis le début du trek. Ils vont rester 2 mois dans la vallée. Leurs sourires nous mettent déjà en tête l’envie de découvrir le Kinnaur, alors que nous arrivons à peine au Spiti… Ca file trop vite.

5/7: Mudh (3700m, 7h)

Que c’est bon de dormir plus bas, et surtout pas sur la neige. Toute le monde est réveillé tôt, mais nous ne partons que vers 9h pourtant, tranquilles et en forme. Jusqu’à la jonction avec la vallée descendant du Bhaba pass, le chemin est agréable. Nous faisons une belle pause parmi les bouquets d’édelweiss. Auparavant nous avons à nouveau rencontré des bergers kinnauri. Ils sont toujours aussi gentils mais certains de leurs chiens sont agressifs, ce qui nous surprend. Les bergers nous apprennent que les attaques de léopards des neiges sur leur bêtes sont fréquentes dans le coin et aussi sur le chemin du Bhabah pass. L’un d’eux aurait perdu 4 chiens récemment. D’ailleurs les plus grands et massifs, les leaders, sont équipés d’un impressionnant collier métalliques à pointes. Le léopard saisit ses proies à la gorge.

Nous voilà désormais sur une piste, certes mal entretenue et impraticable pour un véhicule, mais une piste quand même. Elle confirme le projet de route dont on nous avait parlé. Un jour une route reliera durant l’été beaucoup plus rapidement le Spiti au Kinnaur via le Bhaba pass. Car nous le découvrons plus tard, la route de la rivière Satluj n’est pas un cadeau (quand 8h de bus se terminent 28h plus tard…).

Même si les paysages sont magnifiques et que nous enfilons rapidement les kilomètres, le village de Mudh est loin, très loin. Trois heures avant de l’atteindre, on le voit déjà. Pour le toucher il ne faut pas s’endormir, enchainer et allonger les pas. Nous finissons tous épuisés et pourtant la journée n’est pas finie. Il faut désormais trouver un endroit pour camper, avec de l’eau. Nous avons rejoint le réseau routier, mais le prochain bus ne part que demain matin. Après un thé et quelques biscuits dans une petite échoppe, il faut se dépêcher de traverser le dernier torrent avant le centre du village. Une poche d’eau doit s’être percée dans les névés plus haut et le niveau d’eau monte dangereusement.
Effectivement la journée n’est pas terminée. La route n’arrive pas jusqu’à Mudh depuis très longtemps. En bons tibétains rudes et pas souriants quand il s’agit d’argent, les habitants de Mudh on beaucoup investi dans la construction de guest houses. Ils comptent bien rentabiliser leurs investissements le plus vite possible. Alors la réponse est toujours la même: “no camping, guest house”. Pauvre Kamal qui fait tout le tour du village mais se fait rembarrer à chaque fois.
Dur contraste après l’innocence de la montagne et les sourires des populations hindouistes. Malheureusement cette mauvais impression restera toujours présente dans nos esprits pour la suite de notre voyage se déroulant en territoire bouddhiste. C’est la première fois que je ressens cela. Je m’étais pourtant auparavant toujours senti plus à l’aise avec les populations d’origine tibétaine, qu’avec les bruyants et exubérants indiens. Nous finirons par trouver un emplacement de camping agréable quelques centaines de mètres après le village. A 6h45 le lendemain matin, nous prenons le bus pour Kaza.

J’ai la chance d’avoir fait une petite dizaine de treks dans l’Himalaya. La traversée de Jumla à Simikot en passant par le lac Rara (ouest du Népal) en 2001 avait été une sacrée immersion dans une région complètement coupée du monde moderne à l’époque. Néanmoins ce trek du Pin Parvati Pass est encore plus beau je crois, plus varié au niveau des paysages, au niveau culturel, et surtout plus sauvage. L’isolement et l’engagement sont réels, même si l’avancée de la route des deux cotés a réduit sa durée de deux jours. De plus certaines portions du chemin ne pardonnent pas le moindre faux pas. D’ailleurs les grandes agences de trek ne le proposent plus systématiquement et se rabattent sur le Bhaba Pass qui déroule beaucoup plus (qu’ils en profitent avant que les travaux de la route ne soient réellement lancés).
Moins de trekkeurs certes, mais les stigmates du tourisme sont encore là. Sur tous les camps où nous avons dormi, on trouve des ordures. Des ordures de plus en plus discrètes l’altitude et l’éloignement augmentant, mais à chaque fois des ordures. D’ailleurs notre équipe en a laissé… et nous a invité à laisser les nôtres. Ce que nous n’avons pas fait évidemment. Nous nous sommes juste contenté de montrer m’exemple, ne voulant pas jouer les donneurs de leçons à des gars qui se décarcassent pendant 8 jours pour notre confort en échange de peu d’argent. La prochaine fois (dans 2 ans peut être?), nous mettrons les choses au clair avant de partir. On ne laisse rien dans la montagne!
Je ne mettrai donc que 2 petits bémols à cette magnifique traversée permettant de relier ces 2 mondes très différents que sont la culture indienne et la culture tibétaine. Le premier bémol étant l’ambiance business à Mudh. Alors merci aux indiens des montagnes, merci à l’Himalaya, merci à l’Himachal Pradesh, et à une prochaine fois j’espère.

Fred Vionnet

Coach escalade en Haute Savoie. Pas contre une grande voie non plus. Mais on va à Céüse, Fontainebleau, Buoux ou encore les Gorges du Verdon quand vous voulez.

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