[RETOUR D’EXPERIENCE] Mental = le plaisir pour se concentrer

Voici une nouvelle rubrique d’articles, en test. Il s’agit de vous rapporter des situations concrètes et ponctuelles de pratique de l’escalade ou d’entrainement. Des situations qui m’ont interpellé, qui m’ont aidé à progresser dans ma grimpe et mon travail. J’espère que cela vous intéressera.

Pour cette première, parlons du plaisir d’être simplement là pour se concentrer et grimper librement.

escalade saint leger du ventoux grimpisme

Le plaisir pour être dans l’instant présent

Voilà une dizaine de jours que nous sommes en vacances dans le sud de la Drôme, grimpant souvent à Saint Léger-du-Ventoux. Je n’ai repris l’entrainement que depuis la fin août. Malgré un niveau physique encore très moyen, surtout en rési, j’ai réussi à bien grimper. Les cotations ne sont pas très élevées mais le plaisir, les sensations, le relâchement, la confiance sont présents. Je grimpe libéré et je n’hésite pas à m’engager.

Aujourd’hui c’est le dernier jour pour nous. Nous sommes vraiment fatigués. Les vacances scolaires viennent de commencer et il y a pas mal de monde à la falaise. L’ambiance est semblable à celle d’un salle d’escalade un jour de mauvais temps: personne ne dit bonjour, les gens sont prêts à te marcher dessus pour avoir LEUR voie d’échauffement.
Bref, je ne suis pas de bonne humeur. Je gère mal ma fatigue associée à cette ambiance glauque. J’ai les avant-bras explosés dès la troisième prise moyenne. En redescendant de ce long 7a+ de la face ouest, où je me fais bloquer à vue au milieu de la section dure sous le relais, j’ai presque une crampe au biceps gauche.

Comme un idiot j’ai laissé les dégaines pour mettre un essai. Je remonte donc à contre-coeur dans la voie. Je suis au repos complet après les vingt mètres d’approche en 6b… et je me demande bien ce que je fous là. J’ai déjà enchaîné des centaines de voies de ce niveau. Je sais qui si je veux avoir une chance de réussir, je vais devoir être efficace, et même prendre quelques « risques ». Etant donné mon état de fatigue, je sais également que je vais devoir changer mes méthodes sur deux mouvements, sans savoir vraiment comment:
– Pour prendre ce bon trou main gauche permettant de clipper, j’ai fait un gros mouvement physique. il va falloir trouver une nouvelle prise pour faire un mouvement supplémentaire, ou prendre une intermédiaire.
– A la sortie de la section dure, avant les trois mètres faciles sous le relais, je vais devoir trouver une nouvelle prise de pied gauche pour attraper la réglette. J’ai mis mon pied gauche trop haut sur une prise trop plate lors de la première montée. Etant donné le peu d’énergie qu’il me reste dans le moteur, il faut je me place différemment.

Je suis donc à ce repos complet et je me demande pourquoi j’ai laissé les dégaines. Et d’un coup la réponse me vient comme une évidence: « je suis là, je fais ça parce ce que j’aime ça et que je l’ai choisi! ». A partir de cet instant, tout se remet en place. Je pars et j’enchaine en grognant pour utiliser le peu de physique qu’il me reste. Avec fluidité, intuition et sans distractions. C’est jouissif, peu importe la cotation.

Dans ma routine de concentration avant un essai, j’appelle , entre autre, ce plaisir d’être là. A ce repos il m’est revenu, et tout s’est remis en place!

Le plaisir, pour l’entrainement mais aussi la performance

On entend souvent que le plus important est le plaisir. Essayons d’être un peu plus précis:

Le plaisir dans l’entrainement, sur la durée pour entretenir la motivation. Il faut éviter la monotonie, varier les contenus, s’autoriser les erreurs et ménager des périodes de décompression.

Le plaisir dans les moments clés, c’est à dire avant un essai, que ce soit à vue ou dans un projet, ou même une compétition. L’enjeu n’est que ce qu’on en fait. Alors, quand le stress ou les pensées négatives vous assaillent avant de serrer les deux premières prises, gardez ou appelez ce plaisir si il s’est éloigné. Après tout la grimpe est votre passion, vous vous entrainez pour ça, réservez des vacances pour ça, alors PROFITEZ! Plaisir et grimpe dans une voie ou à bloc très difficiles ne sont pas antinomiques, même si les prises sont toutes petites et les spits trop loins.

Fred Vionnet

Coach escalade en Haute Savoie. Pas contre une grande voie non plus. Mais on va à Céüse, Fontainebleau, Buoux ou encore les Gorges du Verdon quand vous voulez.

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