[RETOUR D’EXPERIENCE] Pourquoi je ne fais (presque) plus de poutre ?
Oh mais j’ose encore un titre racoleur ! J’aurais dû l’écrire sans le « presque » pour être plus percutant… Et pour peaufiner mon accroche, je vous invite à écouter ce conseil de la Reine Janja : « ne faites pas de poutre ! ».
Alors Janja, tu es bien gentille, mais j’aimerais nuancer et approfondir sur ce thème de l’entraînement de la force des doigts sur une poutre. Ce n’est pas, comme toujours, si simple.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à (re)préciser une fois de plus que :
– Ce n’est que mon avis personnel qui sera exposé. Il est par définition contestable et au minimum nuançable (je vous invite à le faire d’ailleurs !)
– Je parle dans cet article d’entraînement escalade pour la progression en grimpe sur le rocher (falaise, bloc et grandes voies). Là ou la tenue de prise et la maitrise de plusieurs préhensions est un facteur déterminant de performance. Si vous ne pratiquez l’escalade qu’en salle, cet article aura beaucoup moins d’intérêt et de sens malheureusement…
J’espère que cet article vous aidera à répondre à la question classique : « Est ce que je dois seulement grimper, ou aussi faire de la poutre, voir même de la préparation physique ? »
Pourquoi j’ai fait autant de poutre?
J’aime m’entrainer sur poutre, pour la force des doigts, contrairement à certains.
J’aime ça car :
– J’adore ces efforts courts et intenses. L’implication qu’il exigent.
– C’est une forme d’entrainement rationnelle, maîtrisée, sûre, où les progrès sont mesurables. Quand tu te connais bien, que tu es dans une bonne période de vie et d’entraînement, les progrès sont presque “mathématiquement” prévisibles. Je sais cela va choquer certains lecteurs, mais c’est un point de vue d’entraineur.
– Dans le prolongement du point précédent, le rapport temps/bénéfice est excellent. Une séance de force sur poutre peut être courte (45 minutes échauffement compris en étant très précis sur les points à travailler), et provoquer malgré tout des adaptations très sensibles.
– J’avais besoin de mettre en place et de tester des protocoles fiables, avec la planification associée, pour les grimpeurs que j’entraine (voir ma page coaching). Que cela soit sur poutre, ou avec un capteur de force (le Tindeq). Je ne suis pas un adepte du pickup. Mais c’est un autre débat.
Je fais désormais moins de poutre, pourquoi?
Pendant des années, avant d’avoir construit l’Arquée Libre, j’ai vraiment galéré avec les outils dont je

disposais pour m’entraîner efficacement (sans parler du peu de temps libre). Pour m’entraîner à la tenue de prise et tenter de prévenir au mieux les blessures, c’était complexe.
Salles de blocs commerciales avec un renouvellement insuffisant des blocs et des ouvertures inspirées des compétitions, MoonBoard très efficace mais traumatisante et peu variée dans les préhensions, pan associatif glissant, sale, et mal agencé. Bref, c’était la misère pour arriver avec de bonnes sensations sur le rocher…
Depuis que j’ai un beau pan à 45°, avec des préhensions variées, et la possibilité de le modifier sans demander la permission, je préfère sans hésitations m’entraîner en grimpant sur ce panneau. Tracer des blocs, inventer des variantes, s’amuser avec les copains, grimper des blocs nouveaux ou encore avoir des projets sur plusieurs séances. C’est infini.
Bref, s’entrainer en grimpant, apprendre techniquement, apprendre mentalement (il n’y a rien de mieux pour la visualisation que de tracer des blocs), tout en progressant physiquement !
Et oui je confirme que je suis bien physiquement, solide en tenue de prise comme en gainage. Tout en améliorant ma fluidité et ma coordination. Ce qui se retranscrit directement sur ma grimpe. Et donc la zone des poutres est moins sollicitée à l’étage. Et je fais moins de préparation physique.
Mais je l’utilise encore…
Néanmoins, je continue d’utiliser la “planche à doigts” pour :
_ L’échauffement, quel gain de temps !
_ Mon protocole 20/40 de renforcement des tendons et ligaments sur les préhensions considérées comme “traumatisantes” (voir cet article).
– Les suspensions sur plats à 35°. Car j’ai surtout des arquée et des pinces sur mon panneau. De plus je trouve que l’entraînement sur cette préhension est très transférable aux autres.
Et pour élargir au thème plus large de la préparation physique, je continue les tractions lestées (le meilleur antivieillissement du grimpeur), les anneaux agonistes et antagonistes (la grimpe c’est du MENTAL, des doigts et du GAINAGE), et le développé couché (benchpress) pour la santé.
Et donc j’aurais pu nommer cet article « pourquoi je fais moins de préparation physique » dans mon entrainement. C’est un thème qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux, surtout qu’énormément de gens confondent préparation physique et entrainement. Le premier étant une composante du second (mais c’est un autre sujet…).
Alors, est ce que je dois faire de la préparation physique ?
Si :
– Tu as accès à des outils d’entrainement motivants et efficaces pour la grimpe sur le rocher que je pratique (avec ses particularités, c’est-à-dire hauteur, inclinaison, types de prises et mouvements).
– Tu as assez de temps et de connaissances pour faire des séances d’entrainement spécifiques (avec les chaussons aux pieds) coordonnées, complètes et équilibrées.
– Tu n’as pas de maillon très faible dans mes qualités physiques et/ou de blessures récurrentes (les deux allant souvent de pair).
Alors :
Ne fais pas, ou très peu de préparation physique !
Tout en gardant en mémoire qu’il n’y a pas de règle absolue. Comme dans 90% des questions touchant l’entraînement. On est toujours dans la nuance et le cas particulier.
Mais quand je pense à tous ces grimpeurs que j’ai du faire passer par des entrainements sur poutre. Alors qu’un pan aurait été plus ludique et global… je trouve triste de devoir se passer du jeu que peut être l’entrainement spécifique. Mais la culture pan a tellement fondu ces 20 dernières années. La roue va tourner….


Bonjour Fred,
Merci pour cet avis très intéressant, bien argumenté et malgré tout nuancé.
Je reprends ton exemple de grimpeur (disons niveau minimum 7b) sans maillons physiques très faibles, et je le pousse à l’extrême : en imaginant qu’il puisse grimper presque autant qu’il le souhaite en falaise, peut-il progresser de manière optimisée en utilisant uniquement son support de performance (la falaise donc) ?
Où doit-il s’en éloigner parfois en grimpant sur un pan, pour faire ces « séances d’entrainement spécifiques » dont tu parles ?
Auquel cas (on joue peut-être sur les mots ?), il s’agirait bien de préparation physique, mais sur un pan d’escalade avec les chaussons aux pieds ?
Salut, ouh la la les bonnes questions, de passionné!
Pour la première, je dirais presque oui en variant les styles et longueurs de voie, mais quand même il faut muscler le dos avec un élastique pour la plupart des grimpeurs.
Pour la deuxième question, je dirais que le pan à 45 c’est vraiment de la grimpe.
Merci.
Comme tu le dis dans ton article, on est nombreux à confondre entrainement et préparation physique.
Au delà de la question de l’accès à un pan ou une falaise aussi souvent qu’on le souhaite, peut-être est-ce plus aisé de « s’entrainer » en préparation physique, où l’intensité et le volume sont objectivables par la charge et le nombre de répétitions, que sur un pan ou une falaise. Quitte à perdre en spécificité.
Pour revenir à l’exemple d’un entrainement 100% falaise, si je veux faire du travail de voies pour progresser dans les mouvements difficiles, je dois à la fois gérer la fatigue générée par la grimpe jusqu’au crux, être suffisamment patient pour attendre dans le baudrier ~5 minutes entre mes essais de quelques secondes, et trouver un partenaire prêt à m’assurer très longtemps dans chaque voie 🙂
C’est clair. C’est un équilibre à trouver entre l’entrainement et la prepa physique. Pas toujours simple!