MENTAL – REUSSITE 2/2 : apprendre aussi des réussites
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Voici la suite de l’article 1 en lien ici. Nous avions parlé de l’échec et de comment en faire une réussite. Assez classique comme approche, non ? Parlons désormais de la réussite. En faisant tout d’abord un petit détour par deux phrases trop lues et entendues selon moi. Des phrases qui ne sont pas du tout des repères valables dans ma vie privée, ni dans mes outils d’entraineur escalade.
« Je ne perds jamais. Soit je gagne. Soit j’apprends. »
Nelson Mandela n’aurait finalement jamais prononcé cette phrase si j’en crois cestvraica.com…
Elle sous-entend que l’échec est nécessaire à l’apprentissage. Et donc que la réussite n’est pas un vecteur d’amélioration. C’est très très réducteur. Et ce n’est surtout pas une vision que j’ai envie de transmettre aux jeunes grimpeurs.
« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort »
Tout ce qui fait mal, tout ce qui met en difficulté est bon sur le moyen ou long terme ? J’en doute…
Je déteste vraiment cette phrase qu’on entend régulièrement dans les salles.
Elle serait d’ailleurs mal interprétée (voir ce lien). Un jour, peut être, je lirai Nietzche. Et il me parlera de Zarathoustra.
Et la réussite, on en fait quoi alors ? Je ne parle pas de ma « véritable réussite » (au sens de l’apprentissage, de la performance, voir mon article précédent sur ce thème), mais de la réussite en terme de résultat, c’est à dire celle que tu valides uniquement après avoir enchainé ton projet ou ta voie à vue. A-t-elle moins de valeur, surtout quand elle semble facile, qu’un chemin marqué de souffrances, de difficultés, voir de traumatismes ? Faudrait-il la voir seulement comme un aboutissement?
Mon copain Leo Dechamboux, au vu de cet article pour Vertige Media, ne répondra pas oui à ces dernières questions, et moi non plus.
Mais revenons à plus précisément à la grimpe. Et valorisons la réussite!
La réussite “facile”
Souvent, quand je demande de refaire une voie à la grimpeuse ou au grimpeur que j’entraine, en y ajoutant éventuellement une contrainte technique ou mentale, et que la personne réussit, que je la félicite, je reçois en réponse : “Oui, mais je connaissais la voie”.
Immanquablement, je réponds : “C’est vrai, mais tu aurais pu aussi mal la grimper.”
Cet échange arrive régulièrement dans mes séances, particulièrement quand on apprend à se connaitre. Parfois il faut aller plus loin avec : “Tu as le droit d’accepter les compliments”. Ou tout autre remarque équivalente.
Une réussite en apparence facile représente elle la perfection sur laquelle il n’y a rien à redire ? Il me semble que c’est extrêmement rare.
Vu d’en bas ou de loin tout semble nickel. Néanmoins, chaque placement de pied ou chaque déplacement de bassin a-t-il été parfait ? Chaque pensée négative a-t-elle été acceptée et calmée? C’est très peu probable. Chaque voie ou bloc grimpé, même très facile, est une opportunité de faire encore mieux, ou alors tu feras moins bien la prochaine fois…
La réussite “inopinée”
Voilà une réussite plus délicate à gérer, car on ne la maitrise pas consciemment.
Cela peut être par exemple ce pas d’équilibre que tu flashes, puis que tu ne parviens plus à refaire même après quinze essais.
Cela peut être aussi cette session ou pour une fois tu es très combatif. Alors que d’habitude tu attrapes une paire sur deux.
Comprendre ce qui a fait la différence. Avant de grimper ou en grimpant. Parfois les deux. Pour avancer, mieux se connaitre et se mettre volontairement en situation de bien grimper. Cela peut être une sacrée aventure personnelle!
En tant que coach, cela peut aussi être un sacré challenge avec la personne qui vient me voir pour progresser dans sa grimpe. Cela peut prendre du temps. Mettre le doigt sur ce qui fait que la performance sera bonne ou médiocre.
Pour élargir le prisme, il est souvent intéressant d’analyser les situations n’ayant rien à voir avec la grimpe, mais dans laquelle on gère naturellement, par exemple, son stress, le danger, le regard des autres, etc.
Construire sur LES réussites
L’échec ou l’erreur ne sont pas les seuls vecteurs d’apprentissage et d’épanouissement. Toute réussite, quel que soit l’investissement qu’elle a demandé, quel que soit sa valeur à vos yeux et à ceux des autres, est elle aussi le moyen de grandir. Au minimum, elle permet d’apprendre à réussir et de gagner en confiance. Par exemple quand on découvre un nouveau type de rocher avec des voies pas trop dures, ou encore quand on reprend après une blessure.
Il n’est pas nécessaire, ni bénéfique, d’ériger la résilience comme le graal absolu de la progression. C’est généralement plus efficace de viser un objectif relativement exigeant, mais raisonnablement atteignable. Un objectif dans sa zone d’apprentissage. Avec le plaisir de grimper toujours à l’esprit.
Et oui il faut l’écrire, une séance d’entraînement sans chutes n’est pas forcément une séance trop facile, ou pire, inutile !
Nous sommes dans les domaines de l’entrainement mental et de l’apprentissage technique. Mais c’est d’autant plus valable pour la préparation physique : ne vous entrainez pas à l’échec ! Ou ponctuellement.
J’espère que vous aurez apprécié ce format d’articles plus courts. N’hésitez pas à commenter et nous pourrons échanger.
Je vous invite à lire notre livre “Le Mental du Grimpeur” pour aller plus loin.

