Topo alpinisme: traversée des Ruan

ruan arete est

N’ayant pas envie d’aller en refuge sur le massif du Mont Blanc durant un weekend de beau temps attendu impatiemment par beaucoup d’alpinistes frustrés, comme nous, d’un printemps très pluvieux, nous avons choisi une option sauvage avec la traversée des Ruan dans le sens est-ouest. Beaucoup de neige, aucunes traces récentes de passage et quelques rares cairns, cette grande ballade permet de vivre une intense journée d’alpinisme varié où il faut aimer marcher, chercher et contempler. Si on ajoute à cela une approche la veille par Salvan et le col de Susanfe, sous l’orage et l’austère Grand Revers de la Tour Sallière, le tableau est beau, teinté du noir des schistes et du calme des lieux, entre Mont Blanc et Valais.
Je me suis dis que proposer un topo détaillé de cette course, parfois paumatoire, agrémenté de photos et tracés, pourrait vous donner envie à vous aussi de sortir des sentiers battus pour vivre cette belle aventure qui en vaut réellement la peine.

Merci à Fabienne pour son accueil attentionné à la cabane de Susanfe (susanfe.ch), un joli petit refuge pour randonneurs simple mais confortable, où l’on ne mange pas de confiture industrielle ni de pain rassi au petit déjeuner.

Altitude mini:
2090 mètres environ, le torrent sous la cabane.
Altitude max:
3057m, le Grand Ruan (sommet suisse).
Dénivelé:
Dans les 1400 mètres positifs refuge-refuge.
Horaire:
Nous avons mis 11h00 refuge-refuge en nous perdant pour trouver les câbles (plus de cairns en début de saison, on les cherchait trop à droite, et vu le mauvais temps de la veille nous n’avons pas pu observer l’itinéraire), en traçant les arêtes sommitales en neige molle, en assurant Xavier pour descendre sur les échelles des Ottans car ses crampons bottaient, et en devant sortir des échelles en rappel car le câble était sous la neige.
Compter 9h00 dans des conditions plus simples me parait réaliste.
Matériel:
Matériel de glacier, corde de 50 mètres, 8 dégaines, 3 sangles, chaussons d’escalade inutiles mais des chaussures confortables et solides oui!
Difficulté:
L’arête Est en elle-même est cotée AD+ (5b, 4c obligatoire), cette cotation correspond également à l’ensemble de l’itinéraire. C’est à dire AD+ en rocher équipé pour la première partie de l’arête Est, et AD+ pour l’ensemble de la course avec tous les passages en mixte, neige et terrain à chamois où il faut avoir le pied montagnard et être attentif pour s’assurer efficacement en se déplaçant.
Ne pas négliger la longueur et l’engagement de cette course, on peut se sentir seul et il faut faire la trace…
Conditions:
La course sera plus agréable en début de saison, particulièrement pour remonter la Grande Pente en neige plutôt qu’en éboulis. Evitez néanmoins d’y aller trop tôt en saison car la neige et les corniches peuvent poser des problèmes sur les arêtes ainsi que pour atteindre et descendre les échelles.

topo traversee ruan

Itinéraire:
La montée au refuge peut se faire par le Pas d’Encel (Champery) ou depuis Salvan (Van d’En Haut, c’est plus long mais très joli. Voir susanfe.ch/acces/.
Pour plus de clarté, je vous décris la course en 8 sections que vous retrouverez sur la photo ci-dessus et dans la galerie plus bas:
– 1/La première barre.
Descendre sous le refuge, traverser le torrent, suivre une petite sente (si pas de neige) et passer globalement la barre de gauche à droite. Une queue de cochon à la sortie permet d’assurer le second. Ce n’est pas idiot de repérer ce passage de jour la veille.
– 2/Les câbles.
Remonter légèrement en oblique sur la droite après la première barre, en passant à gauche et au dessus d’une première petite barre, pour venir buter sous la grande falaise noire. Suivre la vire sur la droite, les câbles sont derrière, sur l’autre versant.
– 3/La Grande Pente.
A remonter au mieux suivant l’enneigement pour sortir sur le plateau à gauche des crevasses.
– 4/L’arête Est
La première partie, la plus difficile, globalement en traversée sur la droite est bien équipée de spits mais le rocher est assez délicat. Lors de notre passage la première longueur était sous la neige. Elle serait délicate suivant l’état de la rimaye (prévoir quelques coinceurs?).
Pour la suite le rocher est parfois très mauvais, parfois bon et rugueux, avec quelques queues de cochons par ci par là pour l’assurage. Il suffit de monter facilement 50 mètres pour traverser un petit couloir sur la gauche afin de rejoindre la belle arête que l’on suit aisément jusqu’au sommet (neige possible).
– 5/Du Grand Ruan au Mont Ruan.
Une arête évidente entre le sommet suisse et le sommet français, facile si déneigée, qui peut être étroite et cornichée en début de saison.
– 6/Descente de l’arête Ouest.
Depuis le sommet français, descendre une courte pente d’éboulis plein ouest, le relais du premier rappel se trouve sur les premiers rochers légèrement à droite. Par un rappel de 20 mètres environ trouver un relais (un peu foireux) sur des sangles autour d’un bloc, en rive gauche du goulet. Par un autre rappel de 20 mètres également, sortir de ce couloir en rive droite par des dalles qui amène à la pente (éboulis où neige) au pied de l’arête. Ne pas rester dans le goulet en dessous, mais le traverser pour atteindre les dalles (risque de chutes de pierres).
Un nouveau relais va prochainement être installé pour le deuxième rappel.
– 7/Traversée du Petit Ruan.
Facile et évident jusqu’au col des Ottans (kairns, sente). Méfiates des corniches en début de saison. On peut couper à droite sur le bas pour rejoindre le col plus rapidement.
– 8/Les échelles des Ottans.
Traverser versant nord légèrement sur la gauche pour longer le haut des falaises. Suivre vers le nord une sorte d’éperon bien visible sur les cartes. Les échelles, raides, plongent à droite. Ne pas négliger cette section, si elle est enneigée cela reste de l’alpinisme exposé.

Plus d’infos sur les conditions de notre sortie du 3 juillet:
www.camptocamp.org/outings/774461/fr/mont-ruan-grand-ruan-arete-e-descente-par-arete-w

Voir également le topo du Bureau des Guides de Champéry:
www.guides-champery.ch/offres-ete/alpinisme/274-la-traversee-des-ruans

Fred Vionnet

Coach escalade en Haute Savoie. Pas contre une grande voie non plus. Mais on va à Céüse, Fontainebleau, Buoux ou encore les Gorges du Verdon quand vous voulez.

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2 thoughts on “Topo alpinisme: traversée des Ruan

  • 1 mai 2017 à 16:00
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    Bonjour,
    Très sympa votre topo de la traversée des Ruans ! En plus, vous semblez l’avoir faite dans la meilleure période, quand il reste un peu de neige de névés.
    Cependant, il y a une petite erreur d’itinéraire, et je ne voudrais pas que d’autres soient induits en erreur. Pour descendre du sommet du Grand Ruan au Col des Ruans, il ne faut pas descendre si loin dans le couloir (votre photo : déjà trop bas) ; il y a d’abord un court rappel (mur déversant) , plus court que celui que vous avez fait; dès que l’on franchit ce bombé, on remonte légèrement à une brèche sur l’arête, arête que l’on descend en rappel ou en désescalade. Le relais incertain que vous avez mis en photo est donc une erreur, de même que son emplacement en rouge sur une autre photo.
    Au plaisir de vous croiser dans notre massif ! D’autres voies du massif sont suggérées sur le site des guides de Champéry.
    Cordialement Hubert Caloz

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